Scott Painter quitte Truecar

Painter, fondateur de Truecar et un des plus grands entrepreneurs de l’histoire du Net, contraint de démissionner de sa statup.

Truecar sort en bourse pour un milliard !

Voici l’incroyable histoire de Scott Painter, une pure histoire américaine.

Par José Louis Senent, fondateur d’AutoRéduc.com

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Scott Painter est le premier entrepreneur automobile digital et l’une des personnes qui a « levé » le plus d’argent de l’histoire. Scott a, en effet, fondé plus de 30 start-ups et a levé plus d’un milliard de dollars d’investissements dans sa vie d’entrepreneur. Il répète d’ailleurs souvent que, la seule mission d’un entrepreneur est de lever des fonds et que, si vous n’en êtes pas capable, il faut faire autre chose. C’était le seul point sur lequel je n’étais pas d’accord avec Scott et l’histoire qui suit démontrera que sa théorie était, peut-être, un peu trop radicale.

L’histoire de Scott est le parfait exemple du « startupper » américain : Scott Painter est, entre autres, le fondateur de Carsdirect, une des premières startups de l’histoire, qu’il lança en 1995 avec l’objectif de vendre des voitures 100% en ligne, avec livraison à domicile.

Déjà à l’age de 14 ans, il lance Scott’s Auto Dealing, un service de « personal shopping » automobile. A 18 ans, pour fuir de son beau-père, il rejoint l’armée américaine où il devient « interrogateur », puis il entre à West Point pour étudier stratégie militaire et ingénierie de systèmes. A sa sortie, il est admis à Berkeley en économie politique, université qu’il quitte avant de finir ses études pour lancer Autoaccess, une base de données de voitures d’occasion.

Scott Painter quitte Truecar

Lorsqu’il lance Carsdirect en 1995, Scott accompagne personnellement ses premiers clients chez les concessionnaires pour négocier la meilleure remise possible. Avec le premier « boom » internet, il lève plusieurs centaines de millions de dollars, avec l’objectif de racheter des concessionnaires pour livrer des voitures à domicile, car le métier de mandataire auto n’existe pas aux US. Le site promettait d’améliorer n’importe quel devis et les premières ventes étaient, de fait, réalisées à perte, Carsdirect payant de sa poche le concessionnaire pour qu’il fasse une remise supplémentaire au client. Cette stratégie agressive et insoutenable caractérise les startups de la 1ère bulle Internet et Carsdirect ne survit pas à l’explosion de la bulle en 2001.

Plus d’infos sur Carsdirect : http://blog.autoreduc.com/apres-beepi-carvana-annonce-une-autre-levee-de-300-mi/

L’explosion de la bulle empêcha Carsdirect de continuer à lever des fonds pour alimenter son acquisition de concessionnaires. Depuis, le site est passé par plusieurs propriétaires et est devenu, comme Edmunds, Autotrader ou Cars.com, un « simple » générateur de leads pour les concessionnaires, qui paient pour être mis en avant. Cela dit, Carsdirect et ses concurrents valent, tout de même, plusieurs milliards de dollars actuellement, mais les marges ont chuté à cause des coûts d’acquisition des « leads », qui sont de plus en plus élevés.

Truecar fut fondée en 2005, d’abord sous le nom de Zag, un site qui mettait en relation concessionnaires et organisations pour offrir des remises de gros (armée, banques, assurances, comités d’entreprises, etc). Quelques années plus tard le site devient Truecar et propose ces mêmes tarifs de gros aux particuliers, avec, comme « secret sauce » une étude des réductions accordées pour chaque modèle de voiture, concept inspiré du site immobilier Trulia et qu’AutoRéduc propose également sur ses pages produits.

Scott Painter quitte Truecar

Le business modèle de Truecar était le premier vrai modèle à la performance dans l’automobile, puisque le site se rémunérait avec une commission sur la vente du véhicule par le concessionnaire partenaire. Pour cela, le site devait se connecter aux DMS des concessionnaires (le Digital Management System est le logiciel CRM des concessionnaires) et vérifier si le lead avait « converti ». Au passage, le site avait accès aux informations des transactions du concessionnaire et affichait systématiquement, dans les résultats de recherche, les meilleurs prix de vente, qui correspondaient souvent à une vente réalisée à perte. L’internaute imprimait son coupon de réduction, à la manière d’AutoRéduc.com, et se dirigeait chez le concessionnaire, qui se voyait obligé d’honorer la promesse de vente s’il ne voulait pas être banni du site. Les autres concessionnaires de la même région, voyant ce prix dans le résultat de la recherche de l’internaute, étaient forcés de l’améliorer s’ils voulaient remporter la vente, entraînant une vraie enchère négative entre les 3 à 5 concessionnaires participants.

Ce « business-modèle » était celui que nous avions décidé de copier pour AutoRéduc, lors de notre passage au Founder Institute, un « accélérateur » de Startups de Silicon Valley. Nous avions accès à toutes les infos puisque Scott était mentor du FI et nous savions que, si nous avions du succès, il nous rachèterait.

Cependant, nous vîmes très vite que nous n’allions jamais obtenir l’accord des concessionnaires. De plus, un « advisor » à qui nous expliquâmes notre projet, nous trahit vilement et s’empressa de dévoiler le business modèle à ses amis qui lancèrent rapidement un site similaire, mais qui se rémunérait au lead, ce qui, évidemment, ne marcha pas.

Les 5 mois passés au Founder Institute nous permirent de trouver un nouveau business modèle. Notre objectif était simple, lancer une marque le plus vite possible et avec un minimum d’investissement. Le meilleur conseil que nous reçûmes, provint, curieusement, d’un investisseur « requin » qui nous approcha, dès notre lancement, pour qu’on lui cède 51% des parts d’AutoRéduc sans investir un sou… Il nous dit simplement : « ne vendez pas les leads, vendez les voitures ». Ce fut le meilleur conseil que l’on nous ait donné, puisqu’en vendant les voitures nous avions, en effet, une CLV (customer lifetime value) beaucoup plus importante et nous pourrions nous permettre de dépenser plus en acquisition.

Nous décidâmes alors de choisir le modèle de Groupon, qui était très en vogue à l’époque. Les raisons étaient purement pratiques : nous n’avions pas les ressources pour acheter un configurateur auto et le concept d’achats groupés avec coupons de réduction était très facilement compris par la presse et le public, car dans l’air du temps.

Notre passage au Founder Institute fut irremplaçable. Nos mentors nous apportèrent une aide précieuse. Je me souviens, par exemple, de la réaction de Jonathan Benassaya, fondateur de Deezer et Franck Le Ouay, co-fondateur de Criteo, lorsque nous présentâmes notre premier projet de « copycat » de Truecar : « José, ton projet est très bon, mais c’est une usine à gaz, jamais les concessionnaires ne te donneront accès à leur data ».

C’est ce challenge constant de nos mentors au sein du FI qui nous permit de créer et développer AutoRéduc. Un an après son lancement, en 2011, le Founder Institute nous nomma meilleure start-up européenne et nous fîmes la une du supplément Business du New York Times, parmi d’autres nominations.

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Il est vrai que, dès ses premiers « pitchs » dans les concours de startups, notamment au Founder Disrupt, Scott reçu également pas mal de réserves de la part du jury au sujet de sa stratégie d’acquisition de data. Scott ne pouvait, de plus, pas trop entrer dans les détails de son business modèle, car celui-ci reposait sur des alliances stratégiques avec de gros partenaires dans l’assurance et les groupes de vétérans de l’armée.

Malgré ces réserves et les premières difficultés pour lever des fonds (Scott raconte que chaque fois qu’il se faisait « jeter » par un des 30 investisseurs qu’il a contactés, il se sentait obligé de mentir à son équipe pour ne pas détruire leur moral), Truecar connu une progression fulgurante dès 2011, avec trois levées de fonds : 30 millions en 2011, 220 millions en 2012 et 30 millions en 2013 (les experts ont compris : la dernière levée fut réalisée, avec Paul Allen comme investisseur, afin de préparer la sortie en bourse de Truecar, qui était au bord de la faillite et faciliter l’ »exit » de ses investisseurs).

En 2014, Truecar sort, en effet, en bourse pour une valorisation de 1 milliard de dollars de la main de Goldman Sachs. La raison des difficultés de 2013 sont les mêmes que celles de son succès : la startup avait réussi à mettre en place un modèle dans lequel les concessionnaires étaient pris dans une dynamique d’enchères inversées, vendant les véhicules à perte.

La grosse erreur stratégique de Truecar fut de faire des campagnes télé. Presque immédiatement, Truecar devint l’ennemi public des constructeurs, Honda interdit ses concessionnaires de vendre sur Truecar et les concessionnaires des autres marques s’organisèrent pour boycotter la startup. De plus, dans certains états, Truecar fut dénoncé comme « broker » automobile, une activité interdite dans plusieurs états des US.

En hiver 2012, Truecar, perdit la moitié de ses partenaires et faisait 5 mi de pertes par mois. Scott dû réagir en faisant un « mea culpa » et changer de business modèle : afin de rassurer les concessionnaires, la startup dû renoncer à afficher leur prix de revient et enlever les enchères négatives. Truecar dû, en outre, renoncer à la connexion aux DMS d’un nombre croissant de ses partenaires et offrir une solution de rémunération au lead.

Dans ses meilleurs temps, Truecar était le client exclusif de Yahoo Auto à qui il achetait tous les leads et intervenait dans plus de 10% des ventes totales de voitures neuves aux US ! Suite à son « pivot », Truecar commença à communiquer sur la notion de « juste prix » plutôt que de « voiture au meilleur prix du marché » , (la devise d’AutoRéduc), mais les consommateurs ne furent pas dupes et comprirent que la startup avait changé de camp.

Bien que l’organisme américain de la libre concurrence enquête encore sur cette affaire et pourrait attaquer les concessionnaires pour collusion, l’hiver 2012 fut dévastateur pour Scott, qui perdit 30 kilos et sa 2e épouse.

Plus d’infos sur Truecar : http://blog.autoreduc.com/truecar-sort-en-bourse-pour-un-milliard/

En été 2012, j’ai eu la chance de rencontrer Scott Painter. Scott était venu à Paris avec Adeo Ressi, le brillant créateur du Founder Institute, l’ « accélérateur » de Startups dans lequel nous avons créé Autoreduc. Scott était un des mentors du Founder Institute et un ancien camarade de dortoir d’Adeo et Elon Musk. Ils étaient venus tous les trois à Paris pour fêter l’anniversaire d’Elon, qui avait loué un wagon entier du train Orient Express  pour voyager de Paris à Venise.

C’est à cette époque que naquit mon admiration pour Scott et Elon Musk (CEO de Tesla, fondateur de Space X et co-fondateur de Paypal). En parlant de la modestie d’Elon, Scott me raconta, qu’un soir, Elon et lui étaient tous les deux sortis à Venice Beach et s’apprêtaient à entrer dans la discothèque la plus chic de la ville. La file d’attente était immense et Elon, qui ne sort jamais, se dirigea vers la fin de la queue, pour patienter comme tout le monde. Scott l’arrêta et lui dit : « attends-moi ici je vais parler au portier ». Scott dit quelque chose à l’oreille du videur et celui-ci les laissa passer immédiatement. Elon, impressionné et bouche bée, car même les célébrités doivent faire la queue pour entrer dans cette boîte, demanda à Scott : « mais comment as-tu donc fait pour nous faire entrer ? » et Scott lui répondit : « Je lui ai tout simplement dis qui tu es… »

Le fondateur de Tesla, Elon Musk, empocha  plus de 100 mi de dolars lorsqu'il vendit ses parts de Paypal à Ebay et risqua toute la somme dans ses fusées spatiales (SpaceX). Il risqua toute sa fortune et échoua deux fois avant de réussir le 3e lancement. Cela lui coûta ensuite son mariage : ce fut un des divorces les plus chers de l'histoire.

Le fondateur de Tesla, Elon Musk, empocha plus de 100 mi de dolars lorsqu’il vendit ses parts de Paypal à Ebay et risqua toute la somme dans ses fusées spatiales (SpaceX). Il risqua toute sa fortune et échoua deux fois avant de réussir le 3e lancement. Cela lui coûta ensuite son mariage : ce fut un des divorces les plus chers de l’histoire.

 

Plus d’infos sur Elon Musk : http://blog.autoreduc.com/la-meilleure-voiture-de-tous-les-temps/

Depuis son pivot, Truecar n’a jamais vraiment réussi à trouver sa place. Les concessionnaires n’ont pas pardonné son agressivité et, malgré l’embauche de l’ancien PDG de Hyundai comme Président, Scott était devenu officiellement l’ennemi public des concessionnaires.

Les récents problèmes avec Autonation, premier distributeur automobile au monde, finirent par rendre la situation insoutenable. Autonation annonça, début 2015, vouloir quitter le site car elle refusait de donner accès à son DMS et protestait que Truecar lui facturait des leads dès qu’ils passaient par le site et ce, même s’ils avaient converti ailleurs.

Suite à l’annonce de la rupture du partenariat avec Autonation, Truecar perdit jusqu’à 45% de sa valeur en bourse et, la semaine dernière, Scott dû démissionner dans une séance très douloureuse.

J’espère que vous avez trouvé cette histoire intéressante et qu’elle a réveillé votre passion d’entrepreneur. Pour ma part, je suis sûr que nous retrouverons très bientôt Scott avec un nouveau projet, prêt à rebondir de son échec et plus fort encore de son expérience :)

Bien à vous,

José @ AutoRéduc
Scott Painter quitte Truecar